Un toutou de jeu vidéo qui prône la libre circulation de la musique... Etonnant, d'autant plus que le débat a lieu en plein dans l'univers insouciant d'Animal Crossing. Nintendo s'abrite ? logiquement ? derrière une lecture au premier degré mais le message se prête à toutes sortes d'interprétations subversives évidentes. Et clin d'?il inoffensif ou pas, certains joueurs sont séduits.

L'univers insouciant d'Animal Crossing est probablement le dernier endroit que l'on imagine touché par les grands débats populaires actuels. Pourtant, la dernière version du titre (Wild World, sortie récemment sur Nintendo DS) se retrouve actuellement au centre d'une controverse inattendue. Une photo d'écran prise par un groupe de bloggers et reprise ensuite par plusieurs journaux cite ainsi l'un des personnages, le gentil chien musicien K.K. Slider, en plein discours anti-corporatisme. "Ces requins de l'industrie essaient de mettre un prix sur ma musique, alors qu'elle ne demande qu'à être libre," dit-il, juste après vous avoir offert une copie de sa chanson.

Les premières réactions n'ont pas tardé. "Animal Crossing prend position contre la RIAA" [NDR : la SACEM américaine], "Animal Crossing encourage le piratage" a-t-on pu lire sur divers blogs. Pour ces publications, la référence à l'idée de liberté de la musique trahit sans aucun doute les intentions des développeurs. Le slogan avait, en effet, été utilisé il y a six ans par les défenseurs du réseau peer to peer Napster. D'autres, en revanche, sont beaucoup moins impressionnés. "Pourquoi est-ce que j'ai lu ce dialogue dans le jeu et que ça ne m'a pas choqué plus que ça ?" s'interroge un lecteur du site Joystiq. "Ce texte n'est pas plus une critique d'une organisation particulière qu'une parodie de la lutte *ancestrale* entre les artistes et les sociétés qui les représentent." Nintendo, de son côté, s'affaire naturellement à arrondir les angles. "Le musicien K.K. Slider ? un chien de dessin animé jouant de la guitare ? dit juste qu'il est un esprit libre ne pouvant être acheté ou vendu pour une quelconque somme d'argent," a clarifié Perrin Kaplan, vice-président du marketing de la société. "Les gens lisent parfois plus qu'il n'y a réellement."

Effectivement, la phrase ne référence directement ni la RIAA, ni la question du piratage. Mais le c?ur du débat concerne moins les intentions de Nintendo que le message final passé par le jeu. Alors que les industries du divertissement (musique, film, jeu vidéo) continuent inlassablement à pleurnicher sur les effets supposés du piratage, imposant en conséquence des verrous de plus en plus restrictifs sur les ?uvres (le système de protection controversé StarForce, les rootkits douteux installés par Sony/BMG sur les PC à l'insu des utilisateurs, le passage prochain d'une loi pénalisant le contournement des dispositifs anti-copie), la défense dans un jeu vidéo du principe de liberté de circulation de l'information a de quoi étonner. Il pourrait s'agit d'une erreur, un programmeur rebelle insérant ses propres modifications à l'insu des chefs de projet, comme ça avait été le cas pour les chippendales de SimCopter. A moins que, comme le pense le New York Times, tout cela ne fasse partie d'une stratégie marketing bien étudiée. "K.K. est, après tout, une création de l'un des poids lourds du secteur," avance le journaliste Tom Zeller Jr. "Sa conception a été supervisée par des conseils d'administration, des spécialistes des relations publiques, et des analyses démographiques. [...] Les adolescents ont assez entendu parler du piratage pour savoir que K.K. exprime une idée subversive ? qu'il parle leur langage." Une idée subversive qui semble apparemment faire mouche. "Je vais acheter Animal Crossing rien que pour ça," a promis un joueur sur le forum du site Cheesegod.