Par Eric Simonovici le 20.02.2008
Après un mois et demi de défections et de coups durs, le format compétiteur du Blu-Ray jette l'éponge. Une victoire qui devrait stimuler les ventes de PS3 pour Sony alors que Microsoft se dit peu inquiet, comptant sur les "best-sellers" de sa logithèque.
La nouvelle, même si elle est désormais enfin officielle, ne surprendra personne. Depuis début janvier, date à laquelle la Warner avait fait pencher irrémédiablement la balance en annonçant son passage exclusif dans le camp Blu-Ray, les signes alarmants se sont en effet multipliés : baisses de prix, soldes monstres, défections de revendeurs et loueurs clé (Wal-mart, distributeur numéro un aux Etats-Unis et dans le monde, s'était également joint au mouvement en fin de semaine dernière), jusqu'à des informations de plus en plus solides de sources telles que Hollywood Reporter ou Reuters confirmant la capitulation imminente du camp HD-DVD. Hier encore, Toshiba, principal développeur du standard, refusait pourtant de confirmer quoi que ce soit, déclarant au lieu de cela simplement être en train de "réévaluer sa stratégie."

Cette stratégie, telle que décrite par le communiqué diffusé aujourd'hui, est donc simple : en réaction à ce qui est qualifié de "changements majeurs du marché," Toshiba a annoncé la fin de la production des lecteurs et enregistreurs HD-DVD sur les domaines du salon, du PC et du "jeu" (possible référence au module Xbox 360), signifiant effectivement la mort du format. Le japonais entend réduire progressivement les livraisons jusqu'à l'arrêt total prévu pour mars 2008, même si elle précise que les possesseurs de produits HD-DVD Toshiba continueront à bénéficier de support et de service après-vente. Seule l'activité PC portable semble bénéficier d'un minuscule sursis, la société indiquant "évaluer" la demande future des assembleurs. La décision aurait été prise pour "aider le marché [haute définition] à se développer," le PDG de Toshiba, Atsutoshi Nishida, indiquant lui lors d'une conférence de presse à Tokyo qu'il "ne valait pas le coup de continuer," à la fois pour les consommateurs et pour les partenaires HD-DVD, vu la "petite présence" du format. Une certaine confusion semble régner autour des chiffres du parc installé, eux aussi révélés par Nishida, certains parlant d'un million, de 1.3 millions ou de 1.7 millions d'appareils HD-DVD dans le monde, lecteurs PC, de salon et Xbox 360 inclus. Quoi qu'il en soit, on est loin des chiffres du Blu-Ray puisque le seul parc installé de la Playstation 3 se monterait déjà à 10.5 millions de machines d'après des les récents résultats financiers de Sony.

Sony qui, évidemment, devrait largement profiter de ce nouveau développement. Même si le constructeur n'a encore fait aucun commentaire officiel sur la situation, les actions de la société, elles, ont fait un bond de 5%, les investisseurs étant optimistes concernant l'avenir de la Playstation 3, équipée de ce qui est désormais le standard officiel en matière de disque optique haute définition. Selon les analystes interrogés par le magazine GamesIndustry, le retrait de Toshiba devrait résulter en une augmentation des ventes de la console, les cinéphiles se laissant séduire par "le lecteur Blu-Ray disposant du meilleur rapport fonctionnalités / prix." Pour Reuters, le décollage du format pourrait signifier une baisse plus rapide des coûts de production de la Playstation 3 et une meilleure santé financière de la division jeu vidéo Sony. Et, par extension, une plus grande marge de manœuvre pour le constructeur en ce qui concerne le prix public de la machine, lui permettant éventuellement d'augmenter son parc installé de manière plus agressive.

Microsoft, pourtant, ne semble pas encore inquiété. En réponse aux bruits de plus en plus insistants du week-end, le constructeur avait déclaré hier que la fin éventuelle du format HD-DVD "n'aurait aucun impact matériel sur la Xbox 360 ou sa position sur le marché." "Comme nous l'avons souvent dit, nous pensons que ce sont les jeux qui vendent les consoles," indiquait le communiqué officiel, tout en rappelant que le HD-DVD n'est "qu'un des moyens dont dispose [Microsoft] pour la diffusion de contenu haute définition." Car pendant que Toshiba et Sony se querellent autour du bon vieux disque optique ou que certaines rumeurs parlent déjà de la sortie possible d'un module Blu-Ray pour Xbox 360 "d'ici trois mois," le Video Marketplace continue sa percée. Lundi dernier, la Paramount a annoncé l'arrivée prochaine d'une vingtaine de nouveaux films sur la version anglaise du service, version anglaise dont les résultats se situeraient "au-delà des espérances" selon Microsoft. Mais le meilleur est peut-être à venir. L'une des rumeurs les plus insistantes du moment fait état d'un mariage prochain entre le Video Marketplace et Netflix, l'un des services en ligne de location de films les plus importants aux Etats-Unis. Une flopée d'indices alimente la spéculation (présence du PDG de Netflix au conseil d'administration Microsoft, envoi récent d'un sondage citant explicitement l'alliance des deux partenaires…) mais pour l'instant, les deux sociétés se refusent à toute déclaration spécifique, tout en laissant mutinement planer le doute. "Restez à l'écoute !" taquine John Schappert, responsable Xbox Live, quelques heures seulement avant la conférence qu'il donnera demain au nom de Microsoft à la GDC.


[Image de une : Toru Hanai/Reuters]